
Hormis la mort
Hormis la mort,
il n’est rien qui ne me soit déjà advenu.
Je peux visiter encore quelques pays,
me faire quelques amis,
obtenir (pourquoi pas ?) quelque médaille
(ce serait la première de mon existence),
mais, tout bien pesé,
hormis la mort,
il n’est rien qui ne me soit déjà advenu.
La seule chose qui me retienne en vie
est que je ne voudrais pas causer de peine
à ceux que j’aime
et qui m’aiment.
Izet Sarajlić (1987-1989)
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La mort est elle aussi advenue. Le poète Izet Sarajlić s’est éteint jeudi dernier, 2 mai 2002. Il était né le 16 mars 1930 à Doboj. Après des études de lettres à la faculté de Sarajevo, il avait travaillé presque toute sa vie dans la maison d’éditions sarajévienne Veselin Maslesa.
Ses vers ont été traduits en macédonien, slovène, russe (entre autres par Joseph Brodski, alors jeune poète de Léningrad), turc, anglais, albanais, lituanien, espagnol, allemand, polonais et français : Le Livre des adieux suivi de Recueil de guerre sarajevien, Nés en vingt-trois, morts en quarante-deux, tous deux aux éditions n&b (1997 et 1999) Poèmes d’amour, BF Éditions, (1999).
Il avait été le lauréat de nombreux prix dont, en 1997 et pour ses poèmes de guerre, le prix Mediterraneo à Trieste et le prix Erguvan en Turquie. Il venait de recevoir, en avril 2002, le Prix du 6 Avril, la plus grande distinction littéraire de Bosnie-Herzégovine.
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Ce fils d’une vieille famille musulmane de Bosnie, laïc et œcuménique, affectionnait particulièrement la Serbie et la Russie. Les amis de naguère, si nombreux dans ces pays, n’ont pas daigné s’enquérir de son sort dans la ville meurtrie ; à l’exception d’un seul, qui lui téléphona brièvement.
La guerre a sorti le poète de sa retraite et l’a contraint à un douloureux additif à son œuvre. Ses poèmes, écrits dans une langue simple, proche de la prose, ressemblent désormais à une ballade de prison. Une conclusion inattendue, parfois marquée d’une ironie sombre, retourne le sens du texte commencé comme un constat – là est la dernière liberté du poète face à la situation insupportable. La voix compte : les intonations d’une lecture lente ou chuchotée, exclamée ou drôle, le jeu théâtral de l’acteur, et tout particulièrement les arrêts, les césures dans la récitation. Le poète nous interpelle, et nous endossons ses expériences avec une mystérieuse familiarité.
Cliché : In loving memory of Izet Sarajlic, sur le site Burekeaters. D.R.





