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de Christian Glace

une touffe de gui à la place du cœur
un fou rire devant la bouche
comme une fleur
le feuillage gonflé de vent dans la poitrine
ce visage inachevé devant
où les lèvres tièdes des rivières murmurent l'amour
dans sa voix les rivières encore appellent
les chemins féminins
les lisières incertaines du désir
ce parfum de genet au détour du chemin
ce pourquoi on vit sans le savoir
cette pluie de syllabes d'or sur les corps
le chuchotement du papier dans
le peuplier
la terre parle sans nous
la terre, chair offerte où nous fourrons
nos peurs
dans la rouille raturée des signes,
sur le glacis des labours
le pelage des fourrés
dans le ciel immuable des yeux
d'un enfant
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à petits coups je bois le bleu
le ciel exalté des oiseaux
le ciel raturé crayonné de l'aile noire
des martinets
les voix pleines dans la frange
des feuillages
nos mots à contre-jour
nos mots à couvert
ouverts
dehors et dedans
si ma voix consentante
ne couvre pas le monde
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dans le graphisme des cinéraires
la conversion des voix dans la courbe des tiges
la mélodie tranquille des lignes
la mer encore dans le calcaire
la mer encore bat dans nos corps
avec les mains
mieux que les mots
la sève
élève la voix
une araignée
un fil de soie
nous unit
coupable tu es d'errer sur les vagues et les plages
dans le friselis des roseaux le frémissement de l'eau
le domaine parfumé des figuiers
coupable de divaguer au-delà des épaves et des filets troués
parmi la salicorne la santoline et les bois flottés
le vide du ciel dans tes pages
complice des collines où la vie est certaine
où le vent nous arrache à nos mots, à nos corps
complice des fenêtres qui ouvrent l'espace étroit de nous-même
des vêtements las sur une chaise
je sais bien qu'il y est encore son vrai corps
l'autre est parti ailleurs pour des tâches inutiles
là dans les plis
l'amour se terre
légère
sans rêve
sans égarement de gestes et de mots
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Et nos visages servent d'appui aux grandes migrations
au delà des combats
au delà des récits
nous, si lents quand il faudrait partir
à grandes enjambées de prairies
de rivières gaies comme l'enfance avant qu'on ait troublé son eau
quand il faudrait plonger dans le bleu d'un iris
pour ne plus en sortir
jusqu'à ce qu'un papillon nous féconde l'esprit
et le soleil aveugle pèse
pénètre nos corps et les féconde
métamorphose encore
gestes à l'extrême de soi
les pensées dans les sables se dispersent se désagrègent
le cœur comme une balise sonore
Terre, terre !
les corps suent et rampent vers d'autres corps
laissent leurs dépouilles aux mots et aux fourmis
et tous nous voyageons autour d'un autre corps
autour d'un vaste pays où s'accrochent nos mains
et tous nous voyageons en d'autres corps
sur une mer intime aux rivages communs
là-haut les cris d'une île aux courbes féminines
et nos corps d'eau et de terre sont lourds
notre amour si lourd a besoin de soleil
et de l'eau des fontaines
de la nudité des flaques toujours recommencée
de la légèreté des paroles sur les rives du ciel
et des coquelicots de la terre retournée
et sans cesse tout remue, s'agite et se frotte
on est pareil que les abeilles on va on vient
on court on cherche ça va vite ça remue ces questions
tous ces corps emmêlés
et dans la halte d'une prairie
les plaintes encore dans le chant des sous-bois
la vigueur du vent nous dépouille
dévalise nos mots
et puis l'eau nous murmure à l'oreille
et si nous restions là
à attendre sans rien faire observer les nuages
laisser le ciel remplir nos regards
laisser le vent venir
un chant peut être
mais les hommes
la misère
le grand chantier de l'humanité…
mais la joie est bien plus sûre
et plus utile encore
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
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il y a dans le fruit
l'arbre
et l'eau des rivières
les terres fertiles
et les mains qui les cueillent
dans le fruit
la bouche
la faim de vivre
les lèvres et les mots d'amour
dans le fruit que tu tiens dans ta main
le monde renversé
condensé
l'univers au présent
et l'avant
le vent
les chants inutiles
la joie de vivre pendant quelques moissons
je trempe mes mains mes mots dans la clarté du ciel
le rouge de l'azerole fuse dans mon corps
les grands pins s'en balancent
je bois le bleu du ciel pour être transparent
le vent lève ma voix au-delà des cimes
et pourtant je me terre
tout me parle
et me dit de me taire
tous ces arbres autour
peu à peu
se rapprochent et ces gens
ou bien c'est moi qui
errant sur les chemins
me trouve près de
ces arbres ronds
peu à peu
réalité autour
végétale conscience
les arbres s'avancent
glissent tournent se joignent me frôlent
je m'échappe et déploie mes lignes et mes racines
j'élance mon tronc
m'étale me dilate
halte
demain sur ce chemin je secouerai mes branches
ramasserai mes fruits
j'accorderai l'asile aux fous aux innocents
j'apprendrai leurs gestes et leurs mimiques muettes
je resterai caché dans les prairies profondes où vont les amoureux
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mon chant n'est pas mon chant
c'est le nôtre
mes mots je les ramasse dans le sillage de nos vies
dans la maison près de l'arbre parmi les ailes et les pas d'un enfant
dans son regard la vie paraît possible
de ses mains coulent des rivières
dans ses pas hésitants les perspectives foisonnent
des fenêtres nouvelles s'ouvrent à nos paupières
sous les arbres les mots nus sentent l'aubépine
les fleurs sentent l'amour
la sueur et même la peur
la mort est dans nos fibres
mais la joie du jour à travers les feuillages
tes cils
et la voix toujours devant
où va-t-elle
vers celle qui attend depuis longtemps dans les ronces du langage
les mots nous ramènent toujours tristement à nous même
et il faut bien chanter
pour vivre et se perdre
une main secoue là-haut la cime des peupliers
des moineaux nous lancent un peu de ciel
la main de l'aube sur nos visages dénoue le sac de rêves
nous libère des lianes et des lions
quand le désir va des seins aux hanches des collines
sur le ventre des prairies
quand il court derrière les phéromones et les pollens
corps à corps avec les arbres
quand tu frémis comme une tige sous le doigt du vent
comme les boutons d'or les orges les graminées sur les pentes du ciel
tu es fleur océan
le désir infini
fait grandir l'arbre et l'enfant
sur la peau sur les lèvres les écorces les fossés
elle frémit dans les fleurs les mers et les montagnes
elle frémit dans ton ventre
quand le désir s'étend amplifie le temps
amplifie le ciel le réel
elle est l'onde l'amour le cosmos au travers des corps





