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de Raymond Alcovère

Je suis peintre mais personne ne me connaît ou presque. Le monde m’est toujours apparu si immense, profond et sombre que j’ai préféré rester dans l’ombre. Il semble plutôt que l’ombre m’ait choisi. Toujours mes actions, mon caractère m’ont poussé hors de cette fausse lumière. Tout ce que je suis, vois, comprends, éprouve, est entré dans ma peinture et c’est devenu ma vie. Oui j’ai été heureux. Ce que j’ai observé de ce monde ne m’a guère donné l’image du bonheur, aussi ai-je cherché à le poursuivre seul. Ou plutôt ma quête fut celle d’une étrange solitude. Une femme et un fils m’ont apporté de grandes joies et finalement mon fils aura été la plus grande, même s’il ne me ressemble pas, s’il est différent, tant mieux après tout. Ma recherche aura été celle du mystère de la lumière.
La lumière réside dans les choses et les gens – même s’ils l’ignorent pour la plupart –, elle est le cœur de la vie et ne s’éteindra jamais. Oui l’éternité est la permanence de la lumière. Le reste n’est que littérature. J’aime la littérature parce qu’elle raconte le monde, sa folie, sa démesure. Le centre, le point nodal, je crois l’avoir trouvé : il est dans l’éternité que certains appellent Dieu. Ma peinture en est la traduction, celle que j’ai tentée en tout cas.
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